51ème HAWL D’AL-HABÎB UMAR
- Danyati Madi Souffou
- 1 août
- 7 min de lecture

Après la forte mobilisation de l’année dernière à l’occasion de la commémoration du cinquantième anniversaire du décès d’Al-Habîb Umar bin Sumayt, l’édition de cette année suscite à nouveau un vif engouement. De nombreux invités venus de tous horizons sont attendus en Grande Comore pour prendre part à la 51ᵉ commémoration. Du côté de Mayotte, une délégation composée de plus de 29 personnes a fait le déplacement pour participer activement à l’organisation du Hawli d’Al-Habîb Umar bin Sumayt, événement spirituel et culturel de grande importance dans la région. Afin de bien accueillir les invités internationaux, la délégation mahoraise a commencé à arriver à Moroni dès le 22 juillet, soit bien en amont du début des cérémonies, prévu pour le 2 août. Leur objectif : assurer
une préparation optimale et contribuer à la réussite de cette rencontre religieuse.Parmi les invités marquants de cette année figure le Mufti du Kenya, le Shaykh Ahmed Al Badawi, plus connu sous le nom de Monyebaba. Malgré son âge avancé et une santé fragile, il a tenu à être présent à cet événement exceptionnel. Il sera accompagné de deux de ses

enfants ainsi que de son petit-fils, témoignage éloquent de la transmission intergénérationnelle de la spiritualité et de l’attachement à cette tradition. Des délégations venues de plusieurs pays arabes, notamment du Yémen et de l’Arabie Saoudite, sont également attendues, illustrant la portée internationale de cette commémoration. Le programme du Hawli s’étendra du 2 au 9 août 2025, avec une série de cérémonies religieuses, de conférences, de prières collectives et de moments de recueillement en mémoire de cette grande figure spirituelle qu’était Al-Habîb Umar bin Sumayt.
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Ses origines
Le grand père d’Al Habib Umar bin Sumeyt, Abu bakr qui vivait à Hadramaout (une région désertique duYémen donnant sur le golfe dʾAden) dans la région de Shibām a suivi le conseil d’un savant lui indiquant d’émigrer vers un autre pays où il aura un enfant qui sera «lumière sur lumière » et qui se prénommera Ahmad. Celui-ci est arrivé en premier temps à l’île d’Anjouan puis a continué jusqu’en Grande Comore où il se maria avec une femme comorienne. De cette union naquit le père d’Al Habib Umar Bin Sumeyt appelé Aḥmad b. Abī Bakr. Après sa naissance, Aḥmad b. Abī Bakr fut ramené à Shibām par son père, où il poursuivit ses études et acquit une grande quantité de savoir. En raison de ses connaissances et de son érudition, il reçut de nombreuses distinctions au cours de sa vie.. Lorsqu’il y avait des débats entre les savants d’Al- Azhar-Al-Sharif, c’est lui qui tenait des arguments les plus « clairs et convainquant ». C’est pour cette raison que les savants
se tournaient la plupart du temps vers lui dès lors où il était question de clarifier leur connaissance à propos d’un sujet qu’ils ne maîtrisaient pas. L’imam Al Hadad, qu’Allah lui accorde sa miséricorde en a parlé auparavant dans son livre de la venue de cet enfant qui
sera né dans un autre pays. Il a dit par rapport à cela : « Il va y avoir une époque ou naîtra un enfant qui sera le seul à pouvoir comprendre et expliquer certaines de mes paroles et propos figurant dans mon livre ». il s’est avéré donc étant Ahmad, le père d’Al Habib Umar bin Sumayt.
Sa naissance
Al Habib Umar Bin Sumayt naquit le dernier jeudi du mois du pèlerinage (Ḏī l-ḥiǧǧa) en 1303
de lʾhégire. Fils de Madame Fatima Muallim Shandze, de la ville de Tsidjé, et de l’illustre imam Aḥmad b. Abī Bakr, originaire de la ville d’Itsandraya et d’Ḥaḍramaout. Le titre « Habīb » y est donné à un savant, issu de la lignée du Prophète. En arabe, ce terme veut dire à la fois le bien-aimé et l’aimant. C’est ainsi que les gens l’aperçoivent dans ses deux sens. Il a eu également des frères et sœurs dont Anlawiya qu’il estimait être plus méritante et importante que lui contrairement à ce que les gens pensaient. A sa naissance, son père était à Istanboul en Turquie. Un de ses shaykhs lui a annoncé que son enfant était venu au monde. Il lui a recommandé de changer son prénom lorsqu’il se rendra auprès de lui. Effectivement, on lui avait donné le nom d’Abu Bakr comme son grand père, son
père lui donna alors le nom d’Umar. Son père l’a élevé dans la manière la plus exigeante et stricte, à savoir lorsqu’il le trouvait en train de jouer avec ses camarades, il venait le retirer du groupe en lui disant qu’il n’était guère né pour jouer mais pour être un homme.
Ses études et parcours
Durant son enfance, il est parti à Shibām où il a été élevé avec les mêmes principes et
valeurs que son père. Il se forma aux sciences islamiques auprès de ce dernier, le jurisconsulte et principologiste (uṣūlī, en ar.) Ahmad bin Abu Bakr, auteur de plusieurs ouvrages en droit et sciences islamiques. Al Habib ainsi que ses semblables ont conçu et mis en place un système éducatif dans les îles de l’archipels des Comores et protégea la religion de la disparition. Il a mis en place les écoles coraniques et le système de « zawiya ». Cela a permis l’islam des Comores d’échapper aux vagues et assauts de l’extérieur des siècles durant. Lorsqu’il a rempli les connaissances et savoir, son père Aḥmad b. Abī Bakr est parti à Zanzibar où il était muqi (cadi). Al Habib demeurait indécis quant au fait de rejoindre son père à Zanzibar ou de retourner en Grande Comore auprès de sa mère. Il a fini par aller à Zanzibar. Cependant, à la demande de son père, il partit retrouver sa mère. Juste après son arrivé, sa mère décéda. Il retournera plutard à Zanzibar auprès de son père.
A la mort de son père, il prit sa place de muqi et grand cadi de Zanzibar, jusqu’à la révolution de John Okello en 1964, à l’issue de laquelle eurent lieu le massacre, la persécution et l’expulsion des arabes, dont des Comoriens, considérés ou vus comme tels par les révolutionnaires, ou en tout cas perçus comme faisant partie des nantis, et des persans. Après ce drame, il se rendit, chez lui, à Shibām, dans la région d’Ḥaḍramaout.
L’instabilité politique du Yémen de l’époque fut pour beaucoup dans sa décision de retourner en Grande Comore. Son amour pour son pays d’origine y fut certainement pour beaucoup aussi. Il rentra au Comore où le peuple le reçut avec les plus grands honneurs jamais réservés à quiconque. Il s’y installa comme guide et « muqi », prêchant la bonne parole et accomplissant diverses œuvres caritatives, jusqu’à sa mort. Son rôle joué sur les îles de l’océan Indien. Il a effectué le tour des différentes îles de l’océan Indien dont la grande île de Madagascar où il a vécu près de dix ans tout en faisant du commerce. Il est passé également en Anjouan où il a participé à l’éveil des consciences des habitants sur des sujets importants. À Mayotte, Al Habib Umar bin Sumayt a également joué un rôle significatif, notamment durant le conflit entre les peuples comoriens et mahorais lié au processus d’indépendance des Comores. Il estimait qu'il ne pouvait pas se prononcer sur la situation sans avoir une compréhension directe de la réalité vécue par les habitants de Mayotte. Ainsi, il se rendit à Mayotte en 1967 pour observer et comprendre les conditions locales. Il participa aux assemblées de dhikr telles que le « dahira » et le « shengue », en étudiant ces pratiques avec la plus grande rigueur. Après cette immersion, il retourna à Ngazidja et conseilla aux Comoriens de ne pas dénoncer Mayotte. Il recommanda de respecter leur choix et de ne pas les contraindre à des décisionsqu'ils ne souhaitaient pas. Par son intervention, Al Habib Umar bin Sumayt contribua à apaiser les tensions et à promouvoir la paix entre les habitants de l'archipel. Beaucoup de disciples de la région allaient le rejoindre à Madagascar pour étudier. A Mayotte, il avait un disciple qui s’appelé AL Hassan (Mnagnochi) qui songeait à partir à la grande île mais le savant Al Habib a envoyé une personne pour lui dire de rester à Mayotte. C’est ainsi que AL Hassan est resté sur l’île est a pu se marier et avoir des enfants sur Mayotte. Ses œuvres littéraires
Al habib Umar Bin Sumayt est l’auteur de nombreux ouvrages, dont les deux récits de voyages. On retrouve la Nafhat comme étant un chef d’œuvre littéraire dans lequel la beauté des récits se dispute avec la stylistique, la poésie et la précision du marin-voyageur, pour quiconque connaît et aime les récits de voyage. Cependant ce ne sont pas moins des livres religieux. Il y a aussi son excellent commentaire sur le condensé (matn) ʿAqīdat l-ʾimān, en théologie, quʾil intitula Hadiyyat l-ʾiẖwān. Il nous y apprend, entre autres, comment se fait la transmission du savoir en islam, en esquissant sa chaîne de transmission jusqu’au Prophète. Il dit lui-même avoir écrit ce livre dans un bateau entre Madagascar et les Comores. Ce qui témoigne de son énorme savoir.
Ses miracles
On peut regretter que dans ces manifestations (hawli), il soit souvent question des miracles
(karāmāt) qu’on lui attribue, et, rarement, voire jamais, de l’immense production intellectuelle et religieuse qu’il a léguée à la postérité, ainsi que de son œuvre gigantesque.
Toutefois, il a établi beaucoup de miracles depuis son jeune âge. Dans son enfance, son père l’a retrouvé en train d’étudier avec les livres en utilisant comme source de lumière, son doigt qui projetait de la lumière. Son père l’ayant surpris lui a dit de ne plus jamais refaire cela. Al Habib était quelqu’un qui avait beaucoup de rahma (miséricorde) à tel point qu’il n’aimait pas voir une personne avoir de la peine ou être en difficulté. Il ne maudissait jamais une personne mais demeurait toujours dans la miséricorde. Il était également guérisseur. Toute personne qui venait chez lui demandant quelque chose, cette personne ne sortait jamais déçue, elle obtenait toujours ce qu’elle voulait par la volonté d’Allah.
Aussi, il arrivait à connaitre tous ce dont les gens disaient sur lui, qu’ils soient n’importe où
dans le monde, de près ou de loin.
Sa mort
Al habib Umar bin Ahmab bin Abi Bakr bin Sumeyt s’est éteint le 9 du mois de safar 1396 de
l’hégire, à savoir en 1976 du calendrier grégorien à Itsandra-Mdjini (Itsandraya), à un âge qui
avoisinait les cent ans. Chaque année, les ḥawliyya (ou hawli en langue comorienne) sont organisées pour célébrer les anniversaires de la mort de cette personnalité. Les Comoriens de tout l'archipel se mobilisent en grand nombre, parfois par centaines ou même par milliers, pour participer à cet événement. Celui-ci a pris une dimension mondiale, attirant des personnalités de divers pays qui se rassemblent pour commémorer sa mort et évoquer sa vie dans toute sa grandeur. Les célébrations ne se limitent pas aux Comores, mais s'étendent également à plusieurs autres pays, dont l'Angleterre, Djeddah, La Réunion, les États-Unis, la France, Madagascar, Hadramawt (Yémen) et l'Indonésie. etc...
Machaallah
Que de l'émotion en lisant sa bibliographie.